Poésie en musique
1 month ago

Charles Baudelaire : l’invitation au voyage

Charles Baudelaire, L’Invitation au Voyage, splendeur fissurée, refrain parasite, mon enfant ma sœur, traîtres yeux, parfum d’ambre, miroirs polis, hyacinthe et or, promesse vacillante

Feuille translucide, tache de cire encore tiède. L’appel revient : « Mon enfant, ma sœur » — et le refrain s’invite, voix double, douce et oppressante : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté… » Cette fois pourtant, un éclat de volupté subsiste. Les mots brillent, comme des miroirs polis, mais leur éclat est fragile, vacillant, à deux doigts de se briser.

Le décor surgit, saturé : fleurs rares, senteurs d’ambre, plafonds dorés. Mais au milieu, un mot griffe : « tes traîtres yeux ». Tout le rêve tremble. C’est ce contraste qui fend la chambre imaginaire : luxe oriental et menace intime. J’ai noté en marge : « splendeur fissurée ». Et malgré le malaise, une beauté subsiste, presque plus forte d’être fêlée.

La voix parasite du refrain revient, mais elle chante faux par moments, comme une musique de fête foraine un peu rouillée. Alors j’ai jeté mes propres images, brutales : parfum rance — miroir brisé — soleil noyé. Mais aussitôt un éclat s’impose : hyacinthe, or, lumière chaude. La volupté survit, au bord du gouffre.

Et la chute s’éclaire dans ce fragile équilibre : le voyage n’a pas eu lieu, mais l’invitation a tout de même laissé son parfum. Ce n’est ni un ordre ni un mirage : juste une promesse vacillante, splendide parce qu’elle tremble.