Louis Aragon : Elsa
aragon, elsa, poésie amoureuse du xxe siècle, jalousie amoureuse, sommeil inquiétant, corps sans poids, perfusion de présence, traîneaux brancards, bruit de bottes, mal merveilleux
Une chaise grince, vieille carcasse de bois, sous mon poids. La pluie bat fort, et les néons de l’immeuble voisin clignotent — comme des alarmes obstinées. Elsa, dans le poème, dort. Mais je ne crois pas à la paix de ce sommeil. « Ô corps sans poids », répète-t-il, et je répète aussi : ô corps, ô absence, ô jalousie… puis la voix se casse, se brise, comme une prière qui bafouille.
Les fables reviennent, la neige, les traîneaux, mais ce soir ils grincent comme des brancards, métal froid, roues folles dans un couloir d’hôpital. La peau qui dort devient un champ surveillé, chaque battement de paupière un spasme de cœur. Et moi, je me ronge : honte, envie, peur. Il faudrait n’avoir aucun rêve, rester collée à mon souffle, devenir une machine simple, une perfusion de présence — goutte après goutte, jusqu’au matin.
Aragon suppliait Elsa au cœur de la guerre. On entend derrière les vers le bruit de bottes, la vitre qui tremble, les pas des soldats dans la rue. Dans la chambre, il veille comme un prisonnier de la conscience, jaloux de l’invisible. Et son appel, « rends-moi ta conscience », résonne encore comme une demande absurde : empêcher l’autre de s’échapper dans ses propres songes.
Sang, silence, sommeil.
Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine.
On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943
Voilà. Bref.
Abdelghani Boudik
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