Sully prud’homme : les yeux
Sully Prudhomme, Les Yeux, bleus ou noirs, rature intérieure, cri maladroit, prunelles couchants, éclats et cendre, lumière fragile, battement persistant, trait oblique
« Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux » — l’énumération s’élève, mais une rature intérieure barre le vers : trop beaux pour durer. Pas besoin de l’écrire, on l’entend déjà, un murmure qui griffe la psalmodie. Le soleil se lève « encore », indifférent, et ce « encore » racle comme un couteau contre la vitre.
La scène se resserre : quelqu’un lit à voix basse, puis frappe du doigt, sec : « Non, non, cela n’est pas possible ! » Ce cri maladroit, presque comique, est le cœur battant du poème. Il fait honte et pourtant il sauve : la foi naît de ce refus qui tremble, pas d’une certitude. Dans la marge, j’ai laissé une tache d’encre qui ressemble à un point d’exclamation effacé.
Puis vient l’élévation : « Les prunelles ont leurs couchants ». Image splendide, mais aussitôt fissurée par une ombre : couchants ? non, avalées. Le ciel se peuple de trous, et malgré cela une clarté subsiste. J’ai lâché une rafale : éclats — cendre — reflet — sursis. Chaos et éclat se télescopent, l’un ne masque plus l’autre, ils coexistent dans la même lumière fragile.
La chute reprend l’anaphore : « Bleus ou noirs ». Et le dernier vers, « Les yeux qu’on ferme voient encore », reste suspendu. Je n’ai pas noté « grâce », ni « doute », seulement un trait oblique, un reste de mouvement. Comme si la vérité se disait là : ni foi ni négation, juste un battement qui persiste, malgré tout.
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On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943
Voilà. Bref.
Abdelghani Boudik