Poésie en musique
8 days ago

Paul Fort - complainte du petit cheval

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La pluie ne tombe pas vraiment. Elle reste sur lui, fine, obstinée, comme une main qui oublie de partir. Le cuir boit, puis garde. Sous la sangle, ça chauffe doucement. Il baisse un peu la tête. Il avance.

Un pas. Puis un autre. La roue gauche prend dans l’ornière, lâche, reprend. Le bois derrière grince. Dans le fossé, une bouteille cogne contre une pierre — clac — puis rien, puis clac encore, comme si quelque chose cherchait à revenir sans trouver. Il ne tourne pas l’oreille.

La route n’a pas d’idée. À droite, l’eau tient jusqu’au bord. À gauche, la terre s’ouvre en mottes noires. Le ciel est bas, sans bord. Il avance. La pluie lui entre jusque sur les lèvres. Il la laisse.

Tous derrière — non, pas tout à fait. Ça se rapproche, ça lâche.

La bouteille, encore : clac. Puis plus rien. Puis clac.

Par moments, le sol rend un peu. Le poids se défait d’un rien, comme si quelqu’un avait pensé à lui sans le dire, et ça lui vient presque comme une faute, alors il tire pareil, un peu plus vite peut-être, sans savoir pourquoi, juste parce que ça glisse mieux d’un coup et que ça pourrait durer et que ça ne dure pas. Il continue.

Il y a une façon de tirer qui s’installe sans qu’on la choisisse. Le corps prend, le bois suit, la route accepte. Tout se met d’accord. Ça tient un instant. Il ne sait pas quand ça commence. Il ne sait pas quand ça finit.

Tous derrière, encore.

La pluie s’éclaircit à peine. Pas du beau temps. Juste moins de poids sur le dos. L’eau change de place, glisse autrement, plus tiède. Il ouvre la bouche sans s’en rendre compte. Ça passe mieux.

Clac.

Puis ça revient, un peu plus froid.

Les voix derrière changent de place. On avance, on traîne, on s’arrête, on reprend. Ça suit comme ça peut. Ça suit.

Il avance.

La lumière baisse sans prévenir. Pas d’orage. Quelque chose se retire. Son pas reste. Encore un. Puis encore.

Et puis ça ne prend plus pareil.

Il tire quand même. Le harnais tient, mais pas au même endroit. Il manque un accord, un point qui revenait toujours. Les jambes font leur travail. Le reste hésite, puis se trompe.

Clac.

Il tire.

Une fois de trop, peut-être. Ou pas assez.

Le pas suivant ne revient pas.

Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine.

On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943

Voilà. Bref.

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