Poésie en musique
2 months ago

Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse

Joachim du Bellay, Heureux qui comme Ulysse, sonnet renaissance, colère de l’exil, ardoise lame, marbre chape, petit Liré, Loir contre Tibre, voix rageuse, bar saturé, retour piétiné, serviette tachée

Sol poisseux, bar bondé, odeur de houblon aigre et de sueur. J’ai griffonné « Heureux qui, comme Ulysse… » sur une serviette tachée, mais l’encre a filé, avalée par la graisse. Alors j’ai lâché : heureux qui crève loin, heureux qui brûle ses attaches, heureux qui rit du foyer qu’il n’a plus. Les mots sortaient comme des insultes.

Une voix a rugi dedans, pas ironique mais franchement rageuse : arrête de nous vendre ton Liré, c’est une tombe ouverte. L’ardoise n’était plus fine, elle coupait comme une lame rouillée ; le marbre n’avait rien d’un tombeau noble, c’était une chape écrasante. Loir, Tibre, deux fleuves d’ennui, deux eaux mortes. J’ai mordu la serviette, goût de papier gras et de colère — j’ai failli la déchirer entre mes dents.

La salle a explosé en vacarme : verre brisé, rires trop lourds, un juke-box crachant une chanson ratée. Le refrain de du Bellay se transformait en braillement : « Plus ! Plus ! Plus ! » Ce n’était plus un poème, c’était une commande de bière. Alors j’ai jeté les mots en rafale, sans souffle : fumée — huile — sang — silence. Ça cognait, ça me cognait. Le retour n’existait plus, avalé par le bruit.

Un serveur a arraché ma serviette et l’a balancée au sol. J’ai piétiné dessus sans m’en rendre compte. Voilà la fin : pas un retour, pas une consolation, juste un texte écrasé comme une tache de vin, collé au talon.